samedi 15 octobre 2016

Arrivé à sa porte, je sonne d'un petit coup rapide qui me rend reconnaissable,
j'ouvre la porte, elle demande:
- C'est Hervé ?
- ouiiii ! c'est moaaaa !
En général je chante mon arrivée sur presque une mélodie en espérant remonter l'ambiance que je sais au dernier sous sol.
Mais c'est toujours en vain.

- ah tu tombes bien, tu sais je suis malade, je ne vais pas bien ....
Il y a dans son ton une conviction qui m'alerte vaguement.
Avant que j'ai terminé de faire le tour de son fauteuil pour la voir de face, une note grave vibre sourdement en moi,  la crainte que cette fois ci elle ait vraiment quelque chose de nouveau et que ce soit le vrai début de la vraie fin. Une fois en face d'elle je retrouve son air contrit et ses yeux tristes, la tête un peu penchée de coté, la tragédie habituelle en fait.
Mais je ne m'y fais pas
...

...
Je lui dis bonjour, lui fait la bise, avec une certaine ostentation censée lui faire comprendre que nos échanges devraient commencer ainsi.
Toujours en vain.

- qu'est ce qu'il t'arrive ?
- je ne vais pas bien du tout , et je ne peux pas marcher ...

C'est ce qu'elle me dit à chaque fois, sans exception aucune, comme dans ces fictions ou chaque jour qui commence est désespérément identique à celui de la veille et ou on cherche la clé pour avancer dans l'histoire.
Elle n'a aucune de ces maladies lourdes ou fatales.
Elle est âgée, usée, fatiguée, endeuillée.
oui c'est déjà lourd a porter.


J'ai l'impression qu'elle meurt un peu à chacune de mes visites, deux fois par semaines. En tout cas c'est le message qu'elle me fait passer.
Voila sans doutes ce qui endeuille mes pensées ces dernières années.


Voila , c'est ce que j'écrivais il y a quelques mois. Depuis, le docteur a trouvé le bon antidep à la bonne dose, et l'effet en est notablc, mesurable, palpable. Maintenant quand j'arrive chez elle j'ai le temps d'aller jusqu'à son fauteuil et de lui faire la bise. Pendant le trajet on s'échange simplement des  "bonjour maman, bonjour Hervé " . Souvent elle me gratifie d'un " je suis contente de te voir" qui me fait un bien fou.
Ce n'est qu'ensuite que la litanie commence, la même que d'hab.
Mais le périmètre de son rayonnement dépressif s'est donc réduit de quelques mètres.
Ma mère est en quelque sorte radio-active.

Je ne serai pas contre augmenter la dose de cet antidep qui a le pouvoir de soulager deux personnes alors qu'il n'est administré qu'a une seule.






 

8 commentaires:

  1. Et pourquoi pas? Parles-en au toubib! :-)
    Heureuse en tous cas que ce soit "un peu mieux"!
    Bises

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    1. j'en parlerai surement au docteur puisqu'on en est encore à la dose de départ et loin du maximum. J'espère seulement que ce cher docteur usera de son expérience pour juger de l'adéquation d'une augmentation et ne fera pas bêtement ce qu'on lui demande comme c'est déjà arrivé.
      bise :)

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  2. Ravi que quelque chose fasse du bien à la mère et, par conséquent au fils, et vice-versa.
    Je vous souhaite à tous deux d'autres « médicaments » miracles, ne seraient-ce que des bonnes nouvelles.

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    1. Merci de ton passage et de tes bons souhaits, Alcib.

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  3. Mwouais... pas drôle de vieillir en attendant la fin rythmée par la visite du fils ou de la fille, drôle pour personne. Comment sera-t-on nous mêmes qui auront subi cette longue fin de vie. Et en même temps on nous montre des images de vieux quasiment en train de jouer au basket en nous bassinant avec l'allongement de la durée de vie... y aurait pas du commerce par là-dessous...

    Bref, permets-moi de te souhaiter plus de légèreté.

    Bleck

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    1. merci pour ton souhait.
      et oui la fin de vie et ses problèmes sont occultés par le commerce et les mesures d'accompagnement.
      Perso je n'ai pas vu mes grands parents vieillir et partir, voila peut-etre pourquoi je suis pris au dépourvu.

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    1. (hélas la 3eme personne est en train de sombrer dans sa propre dépression j'en ai peur :/ et je ne sais simplement pas par quel bout prendre cette affaire là )

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