mercredi 25 octobre 2017

"les enfants de l'exil"


Cette vidéo semble remuer quelque chose de très profondément enfoui en moi, enfin surtout les images de ce paquebot qui quitte le quai au tout début, ça je m'en souviens fort bien même si je n'avais que cinq ans à l'époque, c'était à la nuit tombante à la  fin d'une journée interminable ou nous avions fait la tournée de toute la famille, très nombreuse, pour dire au revoir.
Ce paquebot qui s'éloigne latéralement d'un quai surpeuplé, cette étendue d'eau qui s'aggrandit et marque la séparation, et une certaine émotion dans l'air, que j'avais perçue comme étant de la gaité, ces souvenirs restent gravés en moi.
Je n'avais pas compris que nous partions loin et pour toujours, je n'ai pas ressenti de séparation ou d'exil, c'était peut-être au delà de ma compréhension. A ces moments là l'important pour le gosse que j'étais est que j'étais toujours avec mon père, ma mère, mon frère et mes sœurs et que donc tout allait bien :)

Sur le reste de la vidéo, et bien je n'ai bien sur pas gardé du tout l'accent de la bas, quant à l'attachement au pays et bien non je n'en ai pas.
Par la suite ça m'a même saoulé d'entendre si souvent ma famille évoquer leurs souvenirs de la bas, immuablement ponctués de "toi tu ne peux pas t'en souvenir, tu étais trop petit"
Je ne peux même pas prétendre faire parti de ces exilés, en fait.
Mais il reste quelque chose.


Voila c'est sur ce bateau là , le "La Bourdonnais" ,que nous avons fait le voyage, 10 000 km, 21 jours de trajet. Il me semblait plus grand ce bateau :)




15 commentaires:

  1. En cherchant le docu entier, je suis tombée sur ce livre : https://www.ricochet-jeunes.org/livres/les-enfants-de-lexil-de-lile-de-la-reunion-la-creuse

    Tu as des regrets et de la souffrance vis-à-vis de cet exil familial, ou ça te remue/questionne juste?

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    1. cette video je l'ai chipée sur FB, c'est une de mes cousines qui l'a partagée.
      En fait ce docu ne sortira qu'en Novembre 2017, et seulement la bas si j'ai bien compris.

      Pas de regrets ni souffrance, non, mais un certain questionnement oui. Si on était resté la bas je serais devenu quelqu'un d'autre je crois bien, c'est un peu troublant.

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    2. Oui je comprends, qui aurais-tu été et quelle aurait été ta vie si...
      C'est une question qu'on est beaucoup à se poser même sans histoire d'exil je crois, on doit faire des choix qui nous font prendre des chemins et pas d'autres... du coup, on aurait tous pu être quelqu'un d'autre et ça peut venir nous questionner parfois.

      Tu aurais aimé être quelqu'un d'autre?

      En tous cas moi je suis contente que tu sois toi aujourd'hui et ici, comme ça je te connais. ;)

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    3. <3

      oui tout le monde peut se demander "que serais je devenu si ..."
      disons que là ça correspond à une réalité bien précise qui se rappelle à moi très (trop ?) souvent. On finit toujours par me demander d'ou je viens alors que c'est de l'histoire tellement ancienne, et il arrive même que pendant une fraction de seconde je me demande même de quoi me parle mon interlocuteur avant de me rappeler: ah oui je viens d'ailleurs.

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    4. sinon va savoir: si j'étais resté la bas on aurait peut-etre fai connaissance par Internet ;) ?

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    5. Peut-être oui. Après, si ça se trouve tu n'aurais pas passé autant de temps sur internet qu'aujourd'hui, ta vie aurait pu être totalement différente. ;)

      Et oui c'est vrai que tu as un trait physique particulier qui rappelle cet ailleurs. C'est ton lien avec cette partie de ton histoire. Et j'ai déjà eu l'impression que ça te gênait, c'est le cas?

      Perso j'étais tellement attachée au fait que j'ai vécu en Inde plus jeune, parce que ça faisait partie de qui j'étais, que j'étais fière de ma longue tresse. Quand on me posait des questions dessus, je pouvais dire qu'elle était influencée par mon lien avec l'Inde (c'est la coiffure traditionnelle des indiennes) et parler de cette partie de mon histoire. Aujourd'hui j'y suis moins attachée, mais toujours heureuse de rappeler ce lien.
      En fait, j'ai toujours trouvé chouette les influences d'autres cultures et donc les double cultures. C'est un plus, une richesse, un plat plus épicé.

      Après, je sais qu'en cas de double culture, surtout visible, on n'est jamais vraiment d'ici pour les gens d'ici et de là-bas pour les gens de là-bas. C'est ça qui te gêne?

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    6. voila: ou que je sois on me demande d'ou je viens c'est ce qui est un peu dérangeant. Heureusement que ce n'est pas au quotidien non plus, disons que ça ressurgit toujours sans que je m'y attende.

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    7. Dak, je vois. :)
      Je ne comprends toujours pas vraiment en quoi c'est dérangeant, j'ai la sensation que ça ne me dérangerait pas qu'on me pose cette question (que je trouverais légitime), mais si ça dérange tant de monde j'imagine qu'il y a des raisons.

      En fait c'est "marrant", j'ai l'impression que parmi les personnes qui portent visiblement une autre culture (couleur de peau, traits, accent...), il y en a beaucoup qui sont embêtés quand on le leur rappelle. Alors que parmi ceux qui ne la portent pas visiblement, il y en a une bonne partie qui aime bien le rappeler.

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    8. Aurais-tu préféré réaliser que c'était un "grand départ", penses-tu en quelques sortes avoir été frustré de tes adieux ? (que ce soit par ton jeune âge ou par le choix de tes parents)

      J'ignorais qu'il y avait eu un tel mouvement d'exil au moment de l'indépendance, et que c'était le contexte du départ de ta famille aussi.

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  2. houla c'est pas forcement facile de clavarder ici, c'est un peu étriqué :)

    ddc, sur le départ lui même je ne garde vraiment aucune émotion négative, ça s'est fait paisiblement encore que surement ma famille devait être émue, moi je l'ai juste pris comme le fait du jour. Cette image du quai qui s'éloigne était vraiment marquante pour mon jeune âge, mais sans peur ni tristesse ni rien de la sorte.
    Pour la raison du départ j'ai plus entendu parler du fait que mon papa n'était pas satisfait de sa situation la bas, même si il avait du boulot , employé du gouvernement ou prof, pas non plus une vie misérable quoi. et puis que c'était mieux pour nous ses gosses. ensuite ça m'a lassé d'entendre parler aussi souvent de la bas, du départ etc, je ne me sentais pas vraiment concerné en fait. a cinq ans on s'adapte très vite.

    gwenn , ce qui est un peu dérangeant c'est que ça malmène un peu le sentiment d'appartenance qu'on peut avoir sans en être forcement conscient. Je ne me sens pas forcement bien dans un groupe, de collègues ou de voisins mais ça peut arriver, si si , et quand le sujet "d'ou tu viens" arrive, d'un coup ça remet en cause mon appartenance au groupe. Et la que je ne peux même pas me rassurer avec le sentiment d'appartenance à un autre groupe, je ne suis ni d'ici ni de la bas, je ne peux pas revendiquer une autre identité culturelle forte et du coup je me sens un peu seul au monde.

    Sur cette video comme je disais ce sont encore les images de ce bateau qui part qui m'ont interpellé. Mais je n'ai pas non plus l'impression de faire partie de cette diaspora attachée au pays.

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  3. A la fois je comprends bien le sentiment que tu éprouves et à la fois ça me perturbe, car rationnellement pourquoi la question des origines (passé) serait-elle synonyme de remise en cause à l'appartenance au groupe (présent) ?
    C'est certes plus confortable de parler de ce qui rassemble, et j'imagine que parfois l'intention derrière la question peut être de pointer sournoisement une différence, mais le plus souvent n'est-elle pas simplement le reflet de l'intérêt qui t'est porté ? C'est une façon facile de trouver un sujet de conversation pour en apprendre plus sur l'autre, cette question "d'où tu viens" est universelle : que ce soit une question de rue, de ville, de département ou de pays... (tu ne l'utilises pas ?)

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    1. oh bien sur c'est plus du ressenti que du rationnel, c'est peut-être même un peu de psycotage de ma part :).
      Et oui c'est aussi un sujet de conversation facile.
      La remise en cause c'est quand mon interlocuteur me prête une culture ou des habitudes soi disant différentes des siennes, et donc ne me reconnait pas comme son frère . Quand untel tient pour acquis que je ne mange pas de porc, je ne pense pas qu'il s' intéresse tellement à moi lol.
      Et quand j'ai à faire à une personne qui a manifestement des origines d'un autre pays, je me garde bien d'aborder le sujet, j'attend de voir si il veut en parler ou pas :)

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  4. Ah oui, ça doit être chiant quand on t'imagine avoir une culture et des habitudes qui ne sont pas du tout les tiennes.

    Ce que je comprends, c'est que si on n'a pas de lien/attachement avec notre pays d'origine, ni même d'intérêt pour lui et sa culture, c'est désagréable qu'on nous y ramène régulièrement.

    En fait, c'est une histoire "d'attentes" : si on ressent le besoin de se sentir pleinement intégré c'est désagréable. Si on ressent le besoin d'être relié à cette autre culture, c'est plaisant.

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    1. Ah merci d'avoir mis de l'ordre dans mon ressenti !
      Je me reconnais dans:
      "si on n'a pas de lien/attachement avec notre pays d'origine, ni même d'intérêt pour lui et sa culture, c'est désagréable qu'on nous y ramène régulièrement."

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    2. Je t'en prie! Et je le comprends complètement. <3

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